• Nenes le manouche (première partie)

     

    NENES l’homme à la casquette à carreaux

     

    Au cours de notre vie nos chemins croisent d’autres routes sur lesquelles cheminent des hommes et des femmes qui pour un temps nous accompagnent, mêlant leurs destinées à nos destinations.

    Combien durera cet accompagnement ? Qui en seront les bénéficiaires ?auront ils été d'une quelconque utilité ?

    Puis, à un certain moment un « carrefour »se présentera à nous. Le choix, toujours la liberté de choisir… ! Irons-nous à droite en empruntant une voix sinueuse, tortueuse ? Partirons-nous à gauche en direction de ce boulevard droit, impeccablement entretenu ?où….ferons nous demi-tour ?

    Quittant une avenue toute tracée, qui devait, selon le « plan de vol » me conduire paisiblement à une retraite bien méritée, j’ai basculé la barre à tribord et larguant toute la voilure j’ai mis le cap droit vers l’aventure.

    Un beau matin, la vigie s’écria « Manouche droit devant ».

    Un petit homme qui portait une casquette à carreaux vissée sur la tête, m’adressa un petit salut de la main.

    Nous étions en Centre-France, dans une grande agglomération, patrie d’un célèbre belliqueux chef Gaulois qui jadis, renvoya à ses chères études un certain Jules nommé César.

    Ce petit bougre qui agitait la main dans ma direction me faisait songer à Astérix. Bon….j’ai l’imagination fertile et l’humeur vagabonde…j’extrapole !

    Ce vague cousin du protégé d’Uderzo était assis sur une chaise bancale à la croisée de rues qui menaient au marché Saint Pierre en centre ville.

    Ce petit bonhomme au teint basané, portait allégrement une cinquantaine d’années passées à parcourir les routes de France à bord d’un attelage hippomobile ou verdine.

    Du jour de l'an nouveau à la Saint Sylvestre une casquette à carreaux gris et « autre fois blancs » dissimulait une calvitie naissante. Non pas par coquetterie mais par tradition venue d’un Indus lointain, il n’a ‘’jamais ôté son chapeau devant personne’’ comme le disait BRASSENS.

    Des yeux bleus myosotis, étrangement voilés de blanc à l’image d’un nuage sur une quelconque ligne des Vosges, forçaient ses interlocuteurs à ne pouvoir soutenir cet étrange regard. Plus tard, en faisant connaissance avec les fils de la famille, je découvrirais que certains des garçons et des petits-fils de ce manouche partageaient la même coquetterie de l’œil.

    Son campement était situé aux portes de la ville. Tous les matins, il quittait ses pénates et effectuait le trajet pour se rendre sur son lieu de travail comme il le pouvait, pedibus cum jambis, le pouce levé, la jambe traînante pour attirer la pitié ou pire encore, à bord d’un fourgon « de romano »...

    A cette occasion il demandait à son « transporteur » de ne pas le déposer trop prés de sa zone d’influence car il ne voulait pas être comparé à « ces va-nu-pieds de Manouche ». Une rumeur circulait dans ce milieu : il aurait réclamé de l’argent à ses « taxis » pour le fait de leur avoir servi de guide !....un comble ! Mais connaissant l’homme comme je l’ai fréquenté, cela ne m’étonne guère, il avait parfois un humour difficile à comprendre pour ces « fils du vent ».

    Planté été comme hiver dans ce lieu stratégique, il faisait partie du décor.

    Les gens lui confiaient de menus travaux de rempaillage de chaises, de confection de paniers et d’autres ouvrages. Il était un orfèvre de la vannerie et de nombreux hôtels-restaurant et boulangers lui donnaient du travail tout au long de l’année.

    Il bénéficiait d’une confiance totale et aveugle de la part de ses clients car à bien regarder, les gens payaient d’avance, lui confiaient les travaux de réfection d’ouvrage sans connaître son nom, je ne fais même pas allusion à son adresse. Quand quelqu’un lui réclamait son adresse, son visage se parait d’un large sourire, découvrant un manque évident de dentition, il expliquait alors «  ah ben...alors tu sais... c’est le grand dépôt d’ordures à sa sortie de la ville...C’est chez moi...viens la Mére t'offrira le café »

    Répondant au surnom de Nénes, il quittait parfois son poste de travail, laissant à même le sol sa chaise bancale, un sac de toile, un rouleau de canisse et divers outils. Il se rendait au domicile de ses futurs prospects pour « expertiser »  un travail ou vider quelques godets dans les bars du quartier. Parfois, il avait du mal à regagner son poste, mais personne ne lui portait préjudice, il était respecté et apprécié.

    Quelques semaines précédentes notre rencontre, j’étais tombé par hasard sur une scène de la vie courante.

    Dans une ruelle étroite de la cité, alors que j’empruntais un raccourci, mon destin croisa celui d’un « poulbot » qui avait fort à faire avec un adulte lui reprochant de ne pas avoir été « correct » en affaire.

    En temps ordinaire, je me cantonne à ce qui ne devrait pas déranger une petite vie que j’aurais voulu tranquille. Mais les Dieux ce jour là venaient d’en décider autrement.

    L’homme tenait d’une main ferme le bras d’un jeune gitan. De l’autre main il lui assenait de violents coups de poings sur la tête. Ce gamin âgé d’une douzaine d’années passait un mauvais moment, un filet de sang coulait du nez et d’une lèvre fendue, preuve que la correction avait déjà commencé.

    Je passais devant « ce couple fusionnel », regardant de l’autre coté comme tout bon lâche qui se respecte.  « Ce ne sont pas mes oignons  j’ai moi aussi mes emmerdes ».

    Je ne sais quelle mouche m’a piqué, mais l’énergumène me dévisageant m’a donné la raison de faire quelques pas en arrière et de me vautrer convenablement dans les ennuis.

    « Eh toi ! Casse-toi pauvre con » Ne serait-ce pas un plagiat de la célèbre phrase du « petit-Nicolas ? ».

    Ne pouvant contrôler ma réaction, mon poing droit est venu saluer chaleureusement la pommette droite de mon nouvel ennemi. Et comme je l’avais appris au cours du soir de « boxe française » ma jambe droite s’est portée au niveau de ce que cet homme devait avoir de plus cher : son service trois pièces ».

    Poussant un cri de douleur ou de rage, allez savoir, il a lâché sa proie. Sans demander son reste le gamin s'est enfui dans le dédale des ruelles étroites.

    Le gars est resté planté sur un tas de poubelles, complètement groggy, adossé à un mur couvert de salpêtre, la tête penchée sur sa poitrine.

    Pour ma part j’avais réagi comme tout homme normalement constitué, en défendant un gamin victime de violences d’un adulte.

    Je pressais le pas en m’assurant qu’aucun témoin n’avait partagé ce petit incident de la vie courante.

    L’avenir confirma le contraire et ce petit Manouche à casquetten’était qu’autre que le grand -père du gamin sauvé du passage à tabac.

    « Latcho dives phral...je voulais te dire merci pour l’autre jour…tu sais mon p’tit fils ».

    Mais comment ce gugusse pouvait-il bien me reconnaître ?

    « Viens mon Philippe, pour moi t’es mon frère ».

    Il connaissait mon prénom !!, j’étais complètement interloqué et sans pouvoir détacher mon regard de cette petite main qui s’agitait, je me dirigeais vers « cette main tendue » qui allait me conduire à de drôles d’aventures.

     

    Et si vous le désirez, je vous raconterais la suite et les conséquences de cette rencontre.....

    a suivre

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  • Commentaires

    1
    Lou Québec
    Mardi 16 Août 2016 à 22:18

    Pur délice. À suivre...

     

    Merci Loup

      • Vendredi 19 Août 2016 à 13:33

        Bonjour "Ghost Lou Québec"

        Voici un come back qui m'enchante....pas de bruits de chaines...pas de portes qui grincent....pas de sueurs froides ni de frissons....pourtant mon insaisissable 

        visiteur (euse) à pas feutrés est là.... et mi, le Loup à la mauvaise réputation, je crains ses absences.

    2
    Mercredi 17 Août 2016 à 10:04

    Bonjour Loup, je pense souvent aux rencontres qui ont jalonné ma vie, et je me demande pourquoi, parce qu'on ne rencontre pas les gens par hasard, ils sont là pour nous apprendre quelque chose en général. Evidemment tes rencontres sont plus  pittoresques que les miennes, alors j'attends la suite de celle-ci.

    Bises et bonne journée mon frère des étoiles.

      • Vendredi 19 Août 2016 à 13:26

        Ah oui "sœur de Lumière" je partage ta vision intelligente sur "les rencontres hasardeuses" que certains pensent être les fruits du hasard!....souvent la"justification" de cette ouverture dans l'espace temps, apparaît des années plus tard et là.....effectivement....je me souviens de....

        Au moment de cette rencontre peut être n'étions nous pas "sur la même longueur d'onde ".....il faut faire confiance au temps.... et quand les temps sont venus ...

        Merci de ta présence.

    3
    Vendredi 19 Août 2016 à 14:29

    Je viens de commencer ton récit, je m'empresse d'aller lire la suite

    4
    Lou Québec
    Vendredi 19 Août 2016 à 14:47

    Bonjour Loup,

     

    Je suis toujours présente sur votre blogue. Cependant, je n'ai pas toujours quelque chose d'intelligent à dire...

    Mais j'adore vous lire. Vos récits apportent un baume bienfaisant à mon quotidien qui, je dois le dire, s'avère parfois un peu lourd...

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