• La chine et la mangave


    Hier, dans un rade d'une bourgade de la Basse Provence, occupé à maltraiter une fougasse aux olives,  j' éclusais quelques godets de rosé frais style Pomasson le rosé d'Ici qui se boit Glace.

     Tu le bois glacé pour mieux t’anesthésier le gosier ,mais ce breuvage tu ne peux l'oublier, toute la journée il te rappelles à son bon souvenir car après t'avoir décapé le gosier il te fait des trous sur tes chaussures quand tu fais pipi dessus !

     Tu pisses sur tes pompes Marcel !

     La blondasse qui venait de balancer cette vanne n'avait rien d'une mouflette de banlieue.

    Abonnée à Vogue et Marie-Claire, bien calée dans ses Zalandos, elle se sentait « prés du peuple ».
    Une fois par semaine, la Bérangere aimait se frotter à la vox populi en compagnie de ses potes...Ah, faire les vide-greniers... Quel pied !  Rencontrer de vrais gens d'en bas... Le kif !Mais attention, je veux bien jouer à la baballe avec toi... Mais comme Cendrillon à l'heure dite je remonte dans ma bagnole, ma Smart... Finies, les grivoiseries,on ne partage pas la même tartine de Bordeaux - Chesnel....


    Seul coup de canif au contrat, ce petit Beurre si gentil, si serviable, qui lui fournissait cette herbe, si goutteuse, si planante... Il faut bien faire marcher le commerce et fournir des emplois.

    Et puis crotte à la fin ! , elle pourra lundi matin se pavaner devant ses collègues de bureau, et faire pâlir de jalousie sa voisine de bureau en racontant qu'elle avait fait la honte à Marcel, quand il avait fait pipi sur ses Sarenza.

    Çà fait bien chez les bobos « j'adore passer mon temps à chiner ». Bohème et branchée ou chébran comme l'avait promulgué Tonton François. Je revois la gueule de son neveux qui fut son ministre de l'apprentissage à la bonne culture...celle de l'herbe !

    Dans les brocantes ou sur les vides-greniers, vous les rencontrez ces mesdames attifées comme des Louloutes, déguisées en « banlieus-zarbes » qui vous feront chier pour vous rabioter 1 euro sur une saloperie de nid à poussière dont vous avez du mal à vous défaire.

     

    J'en aurais passé des journées entières à me régaler du spectacle des vides greniers. D'une manière générale, les bénéfices des premières ventes servaient à reconstituer le stock d'inutilités dont on aura bien du mal à se débarrasser à la prochaine braderie....c'est ainsi que le serpent se mord la queue !

    Mais au delà de cette mode ou fouiner, fouiller et gratter comme une poule qui vient de découvrir l'inutilité de la brosse à Adam,( ou brosse à dents) devient un art, qu'en est-il des origines de ces T.O.C.  :

    ou si vous préférez les Troubles d' Occupation à la Con.

    Chiner se dit du fait de découvrir l'objet rare et convoité, utilisé dans le monde de la brocante, ce verbe est devenu le cri de ralliement de particuliers qui aiment s'encanailler dans le milieu de l'occase pour les nazes.
    C'est très tendance... c'est mode est relève d'une passion qui, si on n'y prend pas garde, devient de l'addiction.

    En prêtant une attention toute particulière, il existe une dérive à ces démarches de l'acquisition pour pas une tune.

                                                                                          Cette parenté se nomme la mangave.


    Pour les gens bien que vous êtes l'expression « faire la manche » est plus juste, plus adaptée, c'est la mendicité.

    Je ne parlerais que de ce que j'ai pratiqué. Je laisse de côté les longues heures passées, assis sur un trottoir, à la sortie d'une église ou d'un restaurant, à attendre que" les passants qui passent "daignent se débarrasser d'une petite piécette « à votre bon cœur Messieurs Dames »...

    Il y a quelques années, nous tirions nos revenus du métier de chiffonnier.

     Au début, nous étions des itinérants, puis les années passées à « chiner » nous ont permis d'acquérir un terrain sur lequel nous avons établi notre commerce de semi-sédentaires. Dés que les beaux jours pointaient le bout du nez, nous attelions les caravanes et « on the road again ».

    Je conserve pour mes descendants les récits des aventures que cette vie nous a offerts.

    Mais puisque la chine et la mangave se sont invitées chez vous, y 'a qu'à se servir.

    En voyageant avec des tziganes des pays de l'Est, j'ai touché le fond de la détresse humaine pour ainsi dire.


    Yoshka était à la tête d'une famille tzigane composée de ses 3 fils et de leurs 4 épouses (…. Bizarre...Un de ses fils avait donc 2 épouses?), de 16 enfants dont 6 mâles, il « protégeait » la « Poupa » sa sœur momentanément célibataire suite à la condamnation de son « homme » à 5 années de prison, des 4 neveux privés de père.....Et d'un couple de gadgés qui ayant perdu leurs repères dans la vie, voyageait en leur compagnie.


    Cet homme, issu de la vieille école, prenait son rôle très au sérieux. Il fallait bien nourrir ce petit monde et dans cet étrange univers les bouches inutiles ne sont pas remplies.

    À chaque nouvelles arrivée dans les villes, le convoi enfin installé dans les faubourgs, le véritable travail de « la mangave » commençait.


    Les adultes partaient en reconnaissance dans les rues, cherchant les points de passages stratégiques et obligatoires pour les gens « d'un certain âge », évitant de travailler sur le territoire d'une autre famille... Sinon règlements de comptes... Mais ils s'entendaient comme des larrons en foire.


    Puis dés le lendemain, ce monde s'éparpillait tel un vol d'étourneaux sur la bonne citée.


    Les enfants dés, l'age de 5 ans étaient mis à contribution en tenue de travail.
    Pas question de porter les vêtements propres offerts par diverses œuvres caritatives, ni même ceux acheter dans les braderies des centres commerciaux.
    Les mômes portaient des vêtements sales, déchirés conférant à ces enfants de l'Amour des airs de mendiants.


    Les jeunes femmes, surveillées par la « phurie daie » la vieille mère et le patriarche, étaient priées de se livrer à la mangave... Et elles avaient intérêt de ramener à la fin de la journée des bourses bien pleines... Sinon...


    Vous ai-je précisé que le repas de midi ressemblait à un coup de sifflet bref ?


    La gadji, formée par l'Ancienne, déployait tous ses charmes pour aguicher les hommes et femmes en mal de prédictions sur leurs avenirs...à venir.
    Très bien dressée aux techniques des arts divinatoires, elle était plus Tzigane que les Tziganes n'ayant pas son pareil pour se livrer à la lecture des lignes de la main et rares étaient les victimes qui lui échappaient. Elles poursuivaient leur route  chargée alors de tous les maux à venir, prédilection oblige y compris la peste et le choléra après avoir payé l'I.S.F...


    Les hommes quittaient le stationnement dans le courant de la matinée pour exercer leurs métiers.
    Ils se livraient au rempaillage et cannage de chaises, à la récupération de ferraille, au commerce de voitures, aux travaux d'espaces verts et à tous les échanges possibles et imaginables susceptibles de leur rapporter de l'argent.


    En fin de journée, devant le chef de famille attablé devant un bon repas et quelques bouteilles vides, chaque « volontaire » reversait à l'aimable vieillard (?) la comptée.

     

    Quant à mes souvenirs de chineur, ils sont tout autre.

     

    Le nez au vent, parcourant les campagnes, j'ai avant toutes choses, privilégié le plaisir de découvrir des gens....

    Avant que de songer à l’appât du gain, je pense à cette formule : " cette personne gagne à être connue".

    Bien sûr, après des milliers de contacts établis lors de mes vadrouilles, tous n'ont pas été fructueux, mais tous les toc-toc à des portes qui sont restées fermées ou qui ont été ouvertes, ont procuré chez moi, la même sensation d'être un Christophe Colomb ou un Vasco de Gama.....

    Loin d'être exagérées ces découvertes de l'être humain ont été chez moi un des moteurs qui m'ont permis d'avancer dans cette vie d'aventures.

     

    Si dans votre entourage, vous avez la chance de connaître et de fréquenter un vendeur à domicile, demandez lui ce qu'il ressent après avoir fait toc-toc à une porte fermée....puis lorsque cette dernière s’entrouvre......Magie d'un seul instant.

     Il est vrai qu'avec "une gueule de métèque, de juif errant ou de pas très net" cela complique les échanges et la communication se faisait à sens unique, le bon sens était très loin de chez vous!

     

    Lors de ma carrière de chineur j'aurais redonné vie en les extirpant de l'oubli à bien des preuves de vies passées.

    Mais les objets inanimés avaient bien une âme, parfois délaissée, parfois bien chevillée au corps et qu'en serait-il de ces retrouvailles si l'idée de transmission de témoin vous effleurait l'esprit ?

     Ces nids à poussière ont fait l'objet d'une telle attention lorsqu'ils ont été élu par le coup de cœur de leur dernier propriétaire...n'ont-ils pas été une preuve d'attention, d'amitié ou d'amour durant quelques instants précédant leur cadeau ?

     Ce vieil outil, ce service à desserts, cette pièce de vêtements ne portent-ils pas l'emprunte des mains qui l'ont animé durant ces années bonheur où ils ont su se rendre utiles ?

    Je suis maintenant persuadé que vous considérerez vos « inutilités » d'une autre façon et que vous porterez un autre regard sur eux au moment de les achetez ou de vous en débarrasser.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 6 Septembre 2016 à 08:27

    Bonjour Loup, contente de te revoir.

    Je me souviens avoir donné des montagnes de vêtements à une vieille gitane qui passait me voir toutes les semaines au magasin, mais elle ne les portait jamais, je suis sûre qu'elle les revendait!

    Ainsi c'était toi qui proposait de vider gratuitement les greniers? Je te vois très bien en train de retaper tous ces vieux objets récupérés et de leur rendre une âme, car je suis de ton avis, les objets ont une âme qui peut nous raconter toute leur histoire si nous savons les écouter.

    Latcho divès mon frère.

      • Samedi 10 Septembre 2016 à 17:17

        Moi aussi je me suis fais "entourlouper" par ces incorrigibles Gitanes....mais je connaissais trop leurs manigances et c'est avec un rien de plaisir que j'ai laissé faire !

        On possède une bonne âme où pas !

        Oui c'est moi le "peiaro" qui te chinait quand tu étais Ponaute  à la période des fêtes "roi de l'Oiseau" !!!

    2
    Mardi 6 Septembre 2016 à 09:01

    Je l'avoue !!! Je l'avoue !!! J'envie toutes tes richesses !!! Tu as une vie hors du commun, qui t'a fait voir les humains d'une tout autre manière que la plupart des gens, ...............fort de cette expérience, tu as accumulé nombre de connaissances et avec ton talent pour l'écriture, tu partages,  nous fais sourire, nous fais voyager, nous instruis  aussi !!!

    J'aime par dessus tout retrouver dans tes écrits ces citations connues, ces paroles de chansons que tu manipules toujours bien à propos, bref : 

    Passer chez toi chiner des petits moments de plaisir, je ne m'en lasse pas !!! je ressors toujours chargée, et sans avoir dépensé un sou !!! le rêve !!!

    Bises Loup sans oublier Catinou !!!

     

    PS : Maltraiter une fougasse aux olives : c'est divin, autant l'expression que la fougasse elle même !!! he

    3
    Samedi 10 Septembre 2016 à 14:11

     J'ai aime te lire ....Ma vie est chaque fois recolorée!

    Je suis amoureuse des vieux objets et j'aime les faire revivre ce qu'ils ont été .....

    je suis encore debout ...par je ne sais quelle aide de là-haut.....

    Bisous

      • Samedi 10 Septembre 2016 à 17:23

        Capitaine Marque-Page",

        Ma plus belle trouvaille dans ma vie de Chineur aura été une Sabine.... 

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