• La Baronne cachait bien son jeu...

    Elle répondait au doux nom de Ange PUTASSIERE, et vivait au 5 d'une rue tranquille la rue Charles Bruyant.

    Notre rencontre avait été le fruit du hasard, du moins je le pensais, jusqu'au jour où cet Ange fit son apparition dans le monde des camelots et autres vendeurs de foires.

    Cette femme devint « baron » et non « baronne »...et pourtant « elle » en était un.....

    Ange déchu placé par quel Dieu de l'humour sur ma route...va savoir.

    Il faut que je vous raconte.

     

     

    Tout fini la semaine dernière, lorsque un « ancien du Voyage » que le « hasard » avait conduit dans mon village m'informa que « LA baron » venait de quitter ce monde.

    Ange s'était retirée depuis ces dix dernières années dans un village de la NIEVRE. Quelle étrangeté ce roi de « la passe de trois et du bonneteau », habitué au déballage des marchés et des foires internationales avait choisi de terminer sans esbroufes dans ce petit village, inconnue parmi les méconnus, sans même l'ombre d'un marché hebdomadaire qui aurait pu lui mettre les fourmis dans les gambettes.

    Plus jeune j'avais été embringué par des membres et amis d'une famille avec qui je voyageais .

    Ces connaissances tenaient la haut du pavé lors de foires, et les meilleurs places de vente, appelaient les «royales » leurs étaient réservées et attribuées. Le vendeur qui bénéficiait de cet emplacement était assuré de faire une recette confortable.

    En retour de ce petit arrangement entre amis, il reversait une somme à la«  la famille ».

    Il arrive souvent que les mains restent au fond des poches des badauds, ces derniers préférant garder bien au chaud leur argent frais !

    Le vendeur fait appel à un subterfuge, à une combine pour que la vente se déroule sans accrocs.

    Le camelot bien installé devant son stand capte l'attention du chaland qui passe par divers moyens.



    Erreur trop souvent commise : un commerce bien achalandé est un commerce dans lequel passent beaucoup de clients et non dans lequel se trouve un grand nombre de marchandise.



            Devant le stand s'est arrêtée une dizaine de personnes, pas tout à fait décidée à acheter cet objet qui aux dires du vendeur «  a été spécialement conçu pour vous ».

                Se mêlant à la foule, une personne parlant fort interpelle le vendeur : «  je vous reconnais vous, vous n' étiez pas à la foire de ….la semaine dernière ?. ».. « bien sûr...oui c'était bien moi.... » L'échange est placé sur un ton assez fort pour que l’attention du publique soit attirée.

               L'inconnu fraîchement débarqué décrit alors tous les avantages à utiliser l’article, allant même en acquérir plusieurs pour la famille ;.....rassuré par ce témoignage vous foncez en acheter un, voir deux.

    Vous êtes tombé dans le panneau en faisant connaissance avec un BARON.

    Dans un bonneteau, un jeu de rue destiné à gruger le passant (retrouver la bonne carte, savoir sous quel bol se trouve l'objet caché...), le baron est typiquement celui qui fait le naïf, le faux joueur qui emporte facilement la mise et incite ainsi l'observateur à tenter sa chance... et à se faire  avoir

                       Au commencement était le 'contre' qui, dans l'argot du XVIIIe siècle, désignait le compère qui dans une arnaque incitait une cible à participer (et à se faire plumer).
                 L'origine de cette appellation vient probablement des jeux de cartes où un joueur, par son jeu, incite un autre à jouer aussi pour le contrer.

               Puis, à la fin du XIXe siècle, et sans perdre son sens, ce 'contre' est devenu 'comte' par déformation verbale dans les basses couches de la population fréquentant les lieux propices aux escroqueries.

              Enfin, au tout début du XXe, le 'comte' s'est transformé en 'baron', peut-être par simple plaisanterie, mais peut-être aussi sous l'influence du 'barone' italien qui signifie 'fripon'.

              A ne pas confondre avec l'expression «  s'entendre comme des larrons en foire »....Un larron étant celui qui commet un larcin, qui dérobe furtivement", l'expression "s'entendre comme larrons" désignait des compères qui s'entendaient pour préparer un mauvais coup.

             C'est au XVIIe que la 'foire' est ajoutée. Bien entendu, il ne s'agit d'une foire qui désigne de grands marchés publics où toutes sortes d'articles sont présentés et mis en vente. Le genre de lieu où les mauvais coups au détriment aussi bien des marchands que des visiteurs peuvent être faciles à perpétrer.

     

    Que cela soit pour moi d'endosser le rôle du client enthousiaste ou celui du camelot « La Baron » m'a initié à cette pratique.

    Je reconnais que son dernier coup de bluff est digne d'un roi de la Foire du Trône.

    Nous nous sommes fréquentés durant quelques années et jamais je ne me suis aperçu que cette femme était en vérité un homme.....

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 16 Septembre à 11:52

    Bonjour Loupzen

    à croire que La Baron fructifie dans les villages reculés ces temps. Nous en avons un/une qui maraude parmi nous et que j'ai eu la "chance" de rencontrer. Quand il y a du commerce dans l'air on ne sait jamais à qui on a affaire vraiment.

    Dans une vie antérieur, j'ai dû en fréquenter ;-) car je les ai vu à de nombreuses reprises faire démonstration de leurs talents et je n'ai jamais compris comment les badauds pouvaient aussi naïvement tomber dans le panneau

    Votre style est toujours aussi agréable à lire.

    2
    Dimanche 16 Septembre à 19:22

    Merci pour ce récit très réaliste et amusant !

    Je me souviens bien des "bonimenteurs",  c'est ainsi que nous les appelions du côté de chez moi.

    J'avais un grand oncle (ne faisant pas partie du monde du voyage, mais il avait beaucoup voyagé quand même sarcastic  ) qui lui faisait monter les enchères dans les salles de ventes  !  

    3
    Mardi 18 Septembre à 17:36

    Bah il faut  bien un comparse  pour gruger les  gens si naïfs.

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