• Cinq plombes du mat.....

    "Chacun fait, ce qu'il lui plaît" était-il en train de fredonner lorsque une pelle en forme de main pleine de doigts coupa court à ses illusions.

    Comment imaginer en voyant ce vol de phalanges, que la paix aller continuer ?

    Sa vie venait de basculer vers un monde de pièces détachées, comment était-ce arrivé ?

    Lui qui hier encore sous les mains d'une femme se laisser changer la pile, caresser les boutons pour donner le change d'un rêve d'une nuit d'été, il ronronnait amoureusement sur la table de nuit, assurant sans coup faire rire sa mission tel un bon petit soldat.

    Qui aurait pu croire en cet instant de gloire alors que de toutes ses forces, il lançait un vibrant hommage à la Belle prés de lui alanguie, par un choc terrible, il serait mis" out" hors d'état de servir ?

                                           Je hais les réveils de quelles natures qu'ils soient, surtout ceux en fanfare.

    J'ai des souvenirs de ces matins frileux alors que la maisonnée frissonnait sous des édredons aplatis, ce" méchant réveil " prenait du plaisir à me dire "il est l'heure mon seigneur, l'heure de se lever " et ici pas question d'or ni de folie des grandeurs, mais de bois à couper et de feu à allumer.

    La veille, le feu avait été préparé suivant un rituel : petit bois sec en quantité suffisante et une épaisse couche de "schlamm ".

    En utiliser était un signe extérieur de pauvreté. Mon père faisait "entrer des sacs de charbon" pour chauffer la masure durant les mois d'hiver.

    Vu le prix, la qualité était mauvaise, les boulets se mettaient en miettes et en poussière.

    Nous mélangions cette poussière à de l'eau pour constituer une pâte qui, une fois versée sur le feu, se mettait à rougeoyer et à se consumer lentement garantissant la chaleur toute la journée.

    Les oiseaux aimaient cette saison, car, grâce aux fentes et lézardes des murs, la chaleur s'échappait et allait chauffer les petites pattes des piafs.

    Je me suis souvent posé la question : faut-il empêcher la chaleur de sortir ou le froid d'entrer.

    J'avais du mal à ingurgiter le "café chaussette", !je devais surveiller le feu, m'asperger d'eau glacée, m'habiller pour aller "parcourir le monde " et en fin de quinzaine reverser 50 pour-cent de mes gains à mon logeur : mon père.


    Combien de fois ai-je juré que " jamais plus jamais" je n'obéirais à un tas de ferraille et de plastique monté sur un ressort. 

                                                            Je hais les réveils sous quelques formes qu'ils soient.

    Plus tard, enfin libéré de la présence de ce moderne coucou, je pratiquais un mode vie semblable à cet oiseau de malheur.

    J'optais pour le mode de vie sentimentale du Cuculus canorus.

    Dans ses relations amoureuses, ce Cuculidé profite de l'absence du mâle pour venir occuper le nid laissé libre et se taper "madame oiseau. "

    C'est cette fâcheuse attitude qui m'a valu de rencontrer à nouveau ce foutu réveil qui, par vengeance, un matin m'a joué un sacré tour.

    J'étais volage et je volais de volières en nids d'amour, serinant des mots et des toujours à de belles emplumées, qui pour un instant, se trouvaient en manque de coups de bec.

    Mais en pleine nuit, l'odieux mécanisme se mettait à sonner, indiquant au jeune coq écervelé que j'étais, qu'il était grand temps de prendre son envol et c'est à tire d'ailes que je laissais la belle endormie pour qu'elle roucoule entre les bras de son mari.

    Un petit matin, la pendulette s'arrêta net. Je reste persuadé qu'elle le fit exprès pour venger tous ses frères que j'avais démantibulé.

    L'affaire fit grand bruit et c'est par la fenêtre entrouverte que je me suis enfui, laissant à l'oiseau légitime, mon costume de plumes abandonné. C'est en tenue de" faisan déplumé"que dans le jardin, je me suis re trouvé en compagnie de plombs pour le petit-déjeuner

                                         Je déteste les réveils qui me sortent du lit sans que j'en sois averti.

    La faim me tenaillait l'esprit et je décidai pour ne plus avoir à la subir d'aller travailler, certain que les heures passées à ne pas dormir m'apporteraient de quoi mettre du beurre sur mon pain rassi.

    Je pratiquai " le dormir moins pour travailler plus". Mettant à profit cette recette depuis qu'un beau matin, on avait fait croire que l'avenir appartenait à ceux qui se levaient tôt, je rejoignais le peuple de la nuit, celui des insomniaques, des amours interdits au grand jour,

    Travailler plus pour dormir moins fut une triste réalité,

    Pléonasme : réveil matin. Je n'avais jusqu'alors jamais entendu parler d'un réveil du soir. 

    Pourtant le seul mécanisme avec qui j'avais eu une conversation, était "l'horloge parlante". Il est vrai qu'elle manquait de conversation, mais cela me convenait.

    Tout comme moi, elle ne brillait pas par son intelligence, ses connaissances en arithmétique se limitaient à compter jusqu'à trois : ""au troisième top, il sera exactement... "l'heure de se lever.

                                      Je déteste que quelqu'un m'adresse la parole à mon lever, surtout si c'est une horloge parlante.

    Enfin assagi, au fil des années, les grincements des caravanes voisines m'ont servi de réveil matin.

    Elles se balançaient au rythme du vent, à la préparation du repas matinale des enfants, à la fougue d'un mari trouvant sa compagne "trop joli "pour rester endormie, à la visite matinale au cri de " "Gendarmerie ouvrez", il était l'heure de l'ami Ricoré... Qui n'arrive pas toujours au bon moment.

                                    Je déteste les réveils durant les heures légales, surtout ceux qui ne me sont pas destinés..

    Je rejoins Georges BRASSENS et je me glorifie d'avoir mauvaise réputation :

    Le jour du Quatorze Juillet
    Je reste dans mon lit douillet
    La musique qui marche au pas
    Cela ne me regarde pas
    Je ne fais pourtant de tort à personne
    En n'écoutant pas le clairon qui sonne "

    Mauvaise réputation ou mauvaise audition ?

    Aller savoir, il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre...surtout à mon age, quand ce con de réveil sonne.



    « Le Loup Cruauté »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 4 Février à 14:48

    MdRrrr... sacré réveil ! Aucune pudeur, et un sans-gêne que j'te dis même pas ! Mais malgré tout bien utile quelques fois... par exemple pour ne pas louper l'avion qui va nous emmener en vacances ! Là j'te jure, je rouspète pas !

    Bonne soirée

      • Mardi 5 Février à 05:02

        T'es un malin.....savoir se faire ami de son pire ennemi !yes

    2
    Mardi 5 Février à 18:46

    Ah ! Un p'tit bonsoir en passant  !   18 h40, un peu tard pour vous lire attentivement, mais j'ai survolé et ... maintenant, je vais avoir la chanson de Brassens en tête pour toute la soirée      ...

    "Mais les braves gens n'aiment pas que
    l'on suive une autre route qu'eux,
    Non, les braves gens n'aiment pas que
    L'on suive une autre route qu'eux,
    Tout le monde me montre au doigt
    Sauf les manchots ça va de soi ..."

    A plus tard.

      • Jeudi 7 Février à 19:38

        Très Joli texte sur les matins au réveil !  J'y ai reconnu pas mal de petites chose qui m'ont fait retourner en arrière avec le sourire. (Je me souviens bien du charbonnier au bout de la rue et de l'odeur des boulets qu'on mettait dans la cuisinière ...

        Comme disait Pierre Dac : "Si la fortune vient en dormant, ça n'empêche pas les emmerdements de venir au réveil."

        Bonne soirée et plus de réveil-matin !  Cela me fait penser que je n'ai pas résisté - il y a peu de temps - à un réveil Jaz qui devait dater des années <40/50, dans sa boîte d'origine et qui fonctionne encore !

         

         

    3
    Dimanche 10 Février à 08:51

    J'essaie toujours de me réveiller un peu avant que le réveil sonne car en effet cela me met de mauvaise humeur, c'est assez violent lorsqu'on est bien dans son lit. Très joli texte  et amusant à lire aussi. Ah sacré réveil!

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